La RGDU, c'est quoi exactement ?
La réduction générale dégressive unique (RGDU) est l'allègement de cotisations patronales appliqué à tous les salariés dont la rémunération reste inférieure à 3 SMIC. Elle est entrée en vigueur le 1er janvier 2026 et remplace, à elle seule, les trois dispositifs qui coexistaient jusqu'en 2025.
Le principe est simple : plus le salaire est proche du SMIC, plus la part de cotisations patronales prise en charge par l'État est importante. Le coefficient plafonne à 39,81 % du brut pour une entreprise de moins de 50 salariés, atteint quand la rémunération égale le SMIC de référence. Il décroît ensuite le long d'une courbe, jusqu'à s'annuler à 3 SMIC.
Concrètement, pour un salarié payé au SMIC dans une TPE, la RGDU représente environ 700 € par mois, soit près de 8 400 € par an. C'est, de loin, la plus grosse ligne d'allègement du bulletin de paie français — et une ligne qui pèse directement sur votre trésorerie chaque mois.
La RGDU n'est pas une aide qu'on demande : elle est calculée automatiquement sur chaque bulletin. Mais elle est mal comprise, mal anticipée, et souvent mal paramétrée.
Simulateur RGDU 2026
Le plus rapide, pour comprendre, c'est de faire tourner un cas réel. Reprenez un bulletin sous les yeux et saisissez le brut : le simulateur affiche le montant de la réduction, le coefficient appliqué, et le détail des huit étapes du calcul pour pouvoir les comparer ligne à ligne avec votre logiciel de paie.
Barème 2026 — SMIC de référence 12,02 €/h
Données du bulletin
SMIC RGDU 2026 gelé à 12,02 €/h. Le SMIC versé au salarié passe bien à 12,31 €/h au 1er juin, mais l'éligibilité et le coefficient RGDU restent calculés avec la valeur du 1er janvier.
Réduction théorique, calculée avec les paramètres 2026 (article D. 241-7 du code de la sécurité sociale). Le montant réellement imputable ne peut pas dépasser les cotisations effectivement dues, et la régularisation se fait de façon progressive sur l'année. Cette simulation ne remplace pas un bulletin de paie ni l'avis de votre cabinet comptable.
Combien ça représente, salaire par salaire
Avant d'entrer dans la mécanique, voici l'essentiel : ce que la formule 2026 donne réellement, pour un temps plein dans une entreprise de moins de 50 salariés.
| Brut mensuel | En SMIC | Coefficient | Réduction / mois | Réduction / an |
|---|---|---|---|---|
| 1 823 € (SMIC de référence) | 1,00 | 0,3981 | 725,75 € | 8 709 € |
| 1 867 € (SMIC versé depuis juin) | 1,02 | 0,3750 | 700,13 € | 8 402 € |
| 2 000 € | 1,10 | 0,3147 | 629,40 € | 7 553 € |
| 2 500 € | 1,37 | 0,1719 | 429,75 € | 5 157 € |
| 3 000 € | 1,65 | 0,0999 | 299,70 € | 3 596 € |
| 3 500 € | 1,92 | 0,0611 | 213,85 € | 2 566 € |
| 4 000 € | 2,19 | 0,0395 | 158,00 € | 1 896 € |
| 5 000 € | 2,74 | 0,0218 | 109,00 € | 1 308 € |
| 5 470 € et + | 3,00 | 0 | 0 € | 0 € |
Trois choses sautent aux yeux. D'abord, le maximum de 0,3981 n'est déjà plus atteint par un salarié au SMIC : depuis juin 2026 il gagne 1 867 €, soit 1,02 fois le SMIC servant au calcul, et son coefficient est retombé à 0,3750. Ensuite, la réduction s'effondre vite : entre le SMIC et 2 500 €, vous en perdez déjà près de 40 %. Enfin, il reste une marche à 3 SMIC : juste sous le plafond, la réduction rapporte encore environ 109 € par mois, qui disparaissent d'un coup dès que le brut franchit 5 469,10 €.
Retenez surtout la pente : chaque euro de brut supplémentaire coûte plus cher qu'il n'y paraît, parce qu'il augmente les cotisations et réduit l'allègement en même temps.
Ce que la RGDU remplace depuis janvier 2026
Avant 2026, un employeur cumulait trois mécanismes distincts, avec trois plafonds différents :
| Dispositif (jusqu'en 2025) | Plafond | Principe |
|---|---|---|
| Réduction générale (ex-Fillon) | 1,6 SMIC | Réduction dégressive linéaire sur la quasi-totalité des cotisations patronales |
| Bandeau maladie | 2,25 SMIC | Taux réduit de cotisation maladie |
| Bandeau famille | 3,3 SMIC | Taux réduit d'allocations familiales |
Ces trois couches se superposaient, avec des effets de seuil brutaux à chaque plafond. La RGDU les fusionne en une seule formule continue, avec un seul plafond à 3 SMIC.
Les conséquences pratiques pour une petite entreprise :
- au niveau du SMIC, l'allègement est légèrement plus faible qu'en 2025 (de l'ordre de 70 à 80 € par mois de moins) ;
- entre 1,4 et 2,9 SMIC, l'allègement est nettement plus élevé : ces salaires étaient auparavant exclus de la réduction générale ;
- au-delà de 3 SMIC, plus aucun allègement, alors que le bandeau famille allait jusqu'à 3,3 SMIC.
Si votre masse salariale est concentrée entre 1,5 et 2,5 SMIC, la réforme vous est plutôt favorable. Si elle est concentrée au SMIC, votre coût employeur a légèrement augmenté au 1er janvier 2026.
Qui a droit à la RGDU ?
La RGDU s'applique aux employeurs du secteur privé relevant de l'article L. 241-13 du code de la sécurité sociale, pour les salariés au titre desquels ils cotisent à l'assurance chômage. Sont concernés les CDI, les CDD, les contrats d'apprentissage et de professionnalisation, les intérimaires, les temps partiels.
Sont en revanche exclus :
- les particuliers employeurs ;
- les stagiaires non rémunérés au sens du salariat ;
- les mandataires sociaux sans contrat de travail (gérant majoritaire, président de SAS sans contrat) ;
- une partie des employeurs publics, sauf adhésion irrévocable à l'assurance chômage.
Deux conditions se cumulent ensuite : la rémunération brute annuelle doit rester inférieure à 3 SMIC, et la RGDU ne se cumule pas avec une autre exonération totale ou partielle de cotisations patronales sur le même salarié. Seule exception notable : la déduction forfaitaire patronale sur les heures supplémentaires reste cumulable.
Quelles cotisations sont allégées ?
La RGDU s'impute sur un périmètre large de cotisations patronales :
- assurance maladie, maternité, invalidité, décès ;
- assurance vieillesse plafonnée et déplafonnée ;
- allocations familiales ;
- FNAL (0,10 % pour les entreprises de moins de 50 salariés, 0,50 % au-delà) ;
- contribution solidarité autonomie ;
- retraite complémentaire Agirc-Arrco ;
- assurance chômage et contribution au dialogue social ;
- accidents du travail, mais dans la limite d'un taux forfaitaire de 0,49 point en 2026, et non de votre taux réel de sinistralité.
Le montant obtenu est ensuite ventilé entre deux organismes : environ 85 % s'impute sur les cotisations Urssaf et 15 % sur la retraite complémentaire (0,0601 sur un coefficient maximum de 0,3981). Cette ventilation est purement comptable, mais elle explique pourquoi la réduction apparaît sur deux lignes distinctes en DSN.
Point important : la réduction est théorique. Le montant réellement imputé ne peut jamais dépasser le montant des cotisations effectivement dues sur la période.
Comment se calcule la RGDU ?
Voici la formule officielle, celle de l'article D. 241-7 du code de la sécurité sociale. Elle a l'air intimidante, mais elle ne fait qu'une chose : mesurer de combien le salaire dépasse le SMIC, et en déduire quelle part des cotisations l'État prend à sa charge.
C = Tmin + Tdelta × [ 0,5 × (3 × SMIC / rémunération − 1) ] ^ 1,75
Le coefficient C obtenu est arrondi à quatre décimales, plafonné à Tmax, puis multiplié par le brut pour obtenir le montant de la réduction.
Les paramètres 2026
| Paramètre | Moins de 50 salariés | 50 salariés et plus |
|---|---|---|
| Tmin (plancher garanti) | 0,0200 | 0,0200 |
| Tdelta | 0,3781 | 0,3821 |
| Tmax (coefficient maximum) | 0,3981 | 0,4021 |
| Exposant P | 1,75 | 1,75 |
| SMIC horaire de référence | 12,02 € | 12,02 € |
L'écart entre les deux colonnes correspond exactement au taux FNAL : 0,10 % pour les entreprises de moins de 50 salariés, 0,50 % au-delà.
Ce qui se passe vraiment, étape par étape
On commence par se demander ce que vaut le SMIC pour ce salarié, ce mois-là. Pour un temps plein, c'est 12,02 € × 151,67 h, soit 1 823,03 € par mois (ou 21 876,40 € sur l'année, avec 1 820 heures). Un temps partiel ou un mois entamé en cours de route ? Ce montant se réduit dans la même proportion. C'est logique : on compare le salarié à sa propre référence, pas à celle d'un temps plein théorique.
Ensuite, on ajoute les heures supplémentaires à cette référence. Elles gonflent le SMIC de comparaison, à leur taux horaire de base — sans le taux de majoration. Ça peut sembler être un détail administratif, mais c'est une étape qui joue en votre faveur : plus la référence est haute, plus l'écart avec le salaire versé se resserre, et plus la réduction est importante. Si vos heures supplémentaires ne remontent pas correctement en paie, vous laissez de l'argent sur la table.
Puis on compare. C'est le cœur de la formule : on regarde de combien le brut dépasse cette référence. Au niveau du SMIC, l'écart est nul et le coefficient est au maximum. À 3 SMIC, il tombe à zéro. Entre les deux, la courbe descend — d'abord vite, puis plus doucement, à cause de l'exposant 1,75.
Enfin, on applique le coefficient au brut. Un coefficient de 0,3750 sur 1 867 € donne 700 € de réduction pour le mois. C'est ce montant qui viendra en moins de vos cotisations patronales, et donc de votre décaissement.
Un exemple chiffré
Prenons un salarié à temps plein dans une entreprise de moins de 50 salariés, payé 1 832 € brut sur le mois, sans heure supplémentaire.
- SMIC de référence : 12,02 × 151,67 = 1 823,03 €
- Rapport : 1 832 / 1 823,03 = 1,0049 SMIC
- Coefficient dégressif : (0,5 × ((3 × 1 823,03 / 1 832) − 1)) ^ 1,75 = 0,987187
- Taux applicable : 0,02 + 0,3781 × 0,987187 = 0,3933
- Réduction du mois : 0,3933 × 1 832 = 720,53 €
Le piège 2026 : deux SMIC en parallèle
C'est la particularité de l'année 2026, et la première source d'erreur de paramétrage.
Le SMIC horaire versé au salarié est passé de 12,02 € à 12,31 € au 1er juin 2026. Mais le décret n° 2026-509 du 12 juin 2026 a gelé le SMIC de référence servant au calcul de la RGDU à sa valeur du 1er janvier, soit 12,02 €, pour toute l'année 2026.
Autrement dit, en 2026 vous manipulez deux SMIC différents :
- 12,31 €/h pour vérifier que le salaire versé est légal ;
- 12,02 €/h pour calculer l'éligibilité et le coefficient de la RGDU.
Conséquence directe : un salarié payé au SMIC depuis juin gagne 1,02 SMIC « au sens RGDU », donc son coefficient descend de 0,3981 à 0,3750 — environ 26 € de réduction en moins chaque mois, sans que rien n'ait changé dans son contrat. Et si votre logiciel de paie a basculé sur 12,31 € en juin pour les deux usages, il surestime votre réduction — un écart qui ressortira à la régularisation annuelle, sous forme de rappel Urssaf.
C'est le premier point à vérifier sur vos bulletins de juin à décembre 2026.
Vérifier la RGDU sur son bulletin et en DSN
Trois contrôles suffisent à repérer la plupart des anomalies :
- Le SMIC de référence. Sur un temps plein sans absence, il doit valoir 1 823,03 € par mois en 2026, quelle que soit la période de l'année.
- Le coefficient. Il ne peut jamais dépasser 0,3981 (ou 0,4021 au-delà de 50 salariés). Un coefficient supérieur signale une erreur de paramétrage.
- Les deux lignes d'imputation. La réduction doit apparaître ventilée entre Urssaf et retraite complémentaire, et non sur une seule ligne.
Le calcul se régularise ensuite de façon progressive : chaque mois, la paie recalcule la réduction sur le cumul depuis le début de l'année, et corrige l'écart. C'est ce qui permet d'absorber les mois atypiques — une prime, un mois incomplet, un rappel de salaire — sans attendre décembre.
Deux cas particuliers à connaître : les entreprises appliquant une déduction forfaitaire spécifique pour frais professionnels voient leur réduction plafonnée à 130 % du montant calculé sans DFS ; et pour les salariés au forfait jours qui rachètent des jours de repos au-delà de 218 jours, le SMIC de référence ne peut pas être majoré.
RGDU et coût total employeur
La RGDU ne change pas le salaire net de votre salarié, ni son brut. Elle change uniquement ce que l'entreprise décaisse. C'est pour cela qu'elle apparaît en ligne négative dans le calculateur de coût total employeur : cotisations patronales théoriques, moins l'exonération RGDU, égale le coût réel qui sortira de votre compte bancaire.
Sur un salarié au SMIC, l'écart est considérable : sans RGDU, le coût employeur mensuel avoisinerait 2 690 €. Avec, il tombe à environ 1 990 €. Raisonner sur les cotisations théoriques revient donc à surestimer votre budget d'embauche de plus de 35 %.
Quel impact sur ma trésorerie ?
La RGDU ne se pilote pas : elle découle mécaniquement des salaires que vous versez. Ce qui se pilote, en revanche, c'est votre capacité à l'anticiper — et à ne pas la perdre par erreur. Sur une TPE de cinq salariés, un mauvais paramétrage ou une augmentation mal calibrée se chiffre vite à plusieurs milliers d'euros par an.
Traitez la RGDU comme une ligne de trésorerie
Sur trois salariés au SMIC, l'allègement représente plus de 25 000 € par an. Ce n'est pas un bonus comptable : c'est un flux qui ne sort pas de votre compte. Il doit apparaître dans votre prévisionnel au même titre qu'une échéance Urssaf.
Surveillez le point de bascule à 3 SMIC
Juste sous 5 469 € de brut mensuel, le plancher de 2 % rapporte encore environ 109 € par mois. Au premier euro au-dessus, ils disparaissent d'un coup. Avant une augmentation qui approche ce seuil, chiffrez la marche : le coût réel de l'augmentation est plus élevé qu'il n'y paraît.
Anticipez l'effet des primes sur le coefficient
Une prime entre dans l'assiette du mois où elle est versée et écrase mécaniquement le coefficient de ce mois-là. Le coût employeur du mois de prime est donc doublement chargé. Repérez ces mois à l'avance dans votre plan de trésorerie plutôt que de les découvrir sur le bulletin.
Vérifiez le paramétrage SMIC de votre paie
En 2026, un logiciel qui bascule sur 12,31 €/h en juin pour calculer la RGDU surestime la réduction chaque mois. L'écart se solde en rappel Urssaf à la régularisation. Un contrôle du SMIC de référence sur un bulletin de juillet suffit à lever le doute.
Ne négligez pas les heures supplémentaires
Les heures supplémentaires majorent le SMIC de référence, donc augmentent la réduction. Si elles ne sont pas remontées correctement en paie, vous payez des cotisations que vous ne devez pas. Sur un poste avec des heures régulières, l'écart se compte en centaines d'euros par an.
Raisonnez en coût net, pas en brut
Deux candidats à 2 000 € et 2 600 € de brut ne creusent pas un écart de 600 € : la réduction baisse en même temps que le brut monte, et l'écart de coût employeur dépasse 1 000 €. Comparez toujours vos scénarios d'embauche en coût total, réduction déduite.
Le réflexe à prendre tient en dix minutes par trimestre : reprenez un bulletin par salarié et vérifiez trois chiffres, le SMIC de référence, le coefficient appliqué et le montant de la réduction. Comparez avec le simulateur ci-dessus. Un écart régulier signale un paramétrage à corriger, et plus il est repéré tôt, moins la régularisation pèse sur la trésorerie.
Questions fréquentes sur la RGDU
Qu'est-ce que la RGDU ?
La réduction générale dégressive unique est l'allègement de cotisations patronales appliqué depuis le 1er janvier 2026 à tous les salariés rémunérés sous 3 SMIC. Elle fusionne la réduction générale (ex-Fillon) et les bandeaux de taux réduits maladie et famille en une seule formule dégressive.
Quel est le plafond de la RGDU en 2026 ?
La réduction s'annule dès que la rémunération atteint 3 fois le SMIC de référence, soit 5 469,10 € brut par mois pour un temps plein en 2026 (12,02 €/h × 151,67 h × 3), ou 65 629,20 € sur l'année.
Quel est le coefficient maximum de la RGDU ?
Le coefficient maximum est de 0,3981 pour les employeurs soumis au FNAL à 0,10 % (moins de 50 salariés) et de 0,4021 pour ceux soumis au FNAL à 0,50 % (50 salariés et plus). Ce maximum est atteint au niveau du SMIC de référence.
Pourquoi le SMIC de la RGDU est-il gelé à 12,02 € en 2026 ?
Le décret n° 2026-509 du 12 juin 2026 a gelé le SMIC de référence servant au calcul de la RGDU à sa valeur du 1er janvier 2026, soit 12,02 €/h, pour toute l'année. Le SMIC réellement versé au salarié est bien passé à 12,31 €/h au 1er juin 2026, mais cette hausse n'est pas répercutée dans le calcul de l'allègement.
La RGDU a-t-elle remplacé la réduction Fillon ?
Oui. Depuis le 1er janvier 2026, la RGDU remplace la réduction générale des cotisations patronales dite réduction Fillon, ainsi que les deux bandeaux de taux réduits sur la cotisation maladie et sur les allocations familiales.
La RGDU est-elle cumulable avec d'autres exonérations ?
Non. La RGDU ne se cumule pas avec une autre exonération totale ou partielle de cotisations patronales ni avec un taux spécifique sur le même salarié. La déduction forfaitaire patronale sur les heures supplémentaires reste toutefois cumulable.
La RGDU réduit-elle le salaire net du salarié ?
Non. La RGDU porte uniquement sur les cotisations patronales. Le salaire brut et le salaire net du salarié sont strictement identiques avec ou sans réduction : seul le coût total employeur diminue.
