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La trésorerie

Objectif : Distinguer trésorerie, chiffre d'affaires et bénéfice, puis comprendre pourquoi le solde bancaire ne suffit pas pour décider.

Lucien FaberModule 01 sur 87 min de lecture10 min de mise en place

Une vente ne paie pas une facture

Le garage vient de terminer une grosse réparation. Il facture 12 000 € à son client, qui le réglera le mois prochain. Pour réaliser le travail, il a déjà payé 8 000 € de pièces et d'autres charges.

À la fin du mois, trois chiffres racontent trois choses différentes :

IndicateurMontantCe qu'il mesure
Chiffre d'affaires12 000 €Ce que le garage a vendu
Résultat simplifié+ 4 000 €Ce que la vente lui a rapporté après les charges
Mouvement de trésorerie- 8 000 €Ce qui a bougé sur le compte

Pour isoler le mécanisme, cet exemple laisse de côté la TVA, les impôts et les amortissements.

Les trois chiffres sont justes. Le garage a réalisé une vente et dégagé un bénéfice sur ce travail. Pourtant, son compte a baissé de 8 000 €, car le client n'a pas encore payé.

Une entreprise peut donc être rentable et manquer d'argent au moment de régler ses salaires, son loyer ou ses fournisseurs.

La trésorerie répond à une question de date

Dans ce parcours, la trésorerie désigne l'argent que l'entreprise peut mobiliser à une date précise. Elle augmente quand un client paie, quand un associé apporte des fonds ou quand la banque verse un emprunt. Elle baisse quand l'entreprise règle une facture, un salaire, un impôt ou un investissement.

Le calcul de base tient sur une ligne :

solde de départ + encaissements - décaissements = solde de fin

Un encaissement est une somme reçue. Un décaissement est une somme payée. La date compte autant que le montant.

Ton solde bancaire indique ce qui est disponible aujourd'hui. Un prévisionnel de trésorerie y ajoute les encaissements et les décaissements attendus dans les prochaines semaines, puis montre où ton solde se dirige.

Chiffre d'affaires, bénéfice et trésorerie : trois questions

Le chiffre d'affaires répond à la question : « Combien l'entreprise a-t-elle vendu pendant cette période ? » Il correspond aux ventes de biens et de services, généralement exprimées hors taxes. Une facture peut entrer dans le chiffre d'affaires avant que le client ne la règle.

Le bénéfice répond à la question : « L'activité a-t-elle rapporté plus qu'elle n'a coûté ? » En comptabilité, on parle plutôt de résultat. Il est positif lorsque les produits dépassent les charges, négatif dans le cas inverse.

La trésorerie répond à la question : « Combien l'entreprise peut-elle payer à cette date ? » Elle suit les sommes encaissées ou décaissées. Lorsqu'une opération est soumise à la TVA, le compte bancaire enregistre le montant payé, donc toutes taxes comprises.

Prends une facture, un emprunt et un achat de machine :

  • Une facture client non réglée peut augmenter le chiffre d'affaires et le résultat, sans augmenter la trésorerie.
  • Un emprunt versé par la banque augmente la trésorerie, sans créer de chiffre d'affaires ni de bénéfice.
  • Une machine payée comptant réduit immédiatement la trésorerie, alors que son coût peut être réparti sur plusieurs années dans les comptes par l'amortissement.

Confondre ces trois chiffres crée de mauvaises décisions. Une partie d'un chiffre d'affaires élevé peut encore attendre son règlement. Un bénéfice ne paie pas forcément l'échéance de demain. Une trésorerie confortable peut venir d'un emprunt plutôt que d'une activité rentable.

Le solde du jour cache parfois le point bas

Reprenons le garage. Son compte affiche maintenant 16 000 €.

Dans les dix prochains jours, il doit payer 7 000 € de salaires, 5 000 € à un fournisseur et 3 000 € de TVA. Le client qui lui doit 12 000 € paiera dans un mois.

Après les trois paiements, il ne restera que 1 000 €. Quand le client réglera sa facture, le solde remontera à 13 000 €.

Regarder seulement aujourd'hui donne 16 000 €. Regarder seulement la fin du mois donne 13 000 €. Ces deux lectures masquent les 1 000 € du milieu de mois, alors que c'est là que le garage a le moins de marge.

Le chiffre utile pour décider est souvent ce point bas, avec sa date. Il te dit si tu peux engager une dépense maintenant ou si elle risque de placer l'entreprise sous tension.

Ce que le suivi de trésorerie change

Une échéance se paie avec l'argent disponible le jour venu. Un bénéfice attendu en fin d'année ne règle pas les salaires de vendredi.

Suivre ta trésorerie t'aide à :

  • repérer une période tendue avant que le compte passe dans le rouge ;
  • choisir le bon moment pour investir, embaucher ou te rémunérer ;
  • relancer un client, décaler une dépense ou chercher un financement pendant que plusieurs options restent ouvertes ;
  • mesurer la marge qu'il restera après les paiements déjà prévus.

Ce suivi ne rend pas une activité rentable. Il distingue un problème de calendrier d'un problème économique. Si l'argent manque parce que les clients paient après les fournisseurs, le décalage est à traiter. Si chaque vente rapporte moins qu'elle ne coûte, il faut travailler les prix, les marges ou les charges.

Comptabilité et trésorerie travaillent ensemble

La comptabilité enregistre et justifie les opérations de l'entreprise. Elle sert notamment à produire les comptes annuels, à calculer le résultat et à préparer les déclarations obligatoires.

Le suivi de trésorerie répond à une autre question : que va-t-il probablement se passer sur le compte dans les prochaines semaines et les prochains mois ?

Les deux vues ne placent pas toujours une opération à la même date. Une facture peut apparaître dans les comptes avant son règlement. Un remboursement de capital d'emprunt sort du compte bancaire, mais ne constitue pas une charge dans le compte de résultat.

Ton comptable connaît les règles, les échéances déclaratives et les chiffres déjà enregistrés. Tu connais les contrats qui vont démarrer, l'achat que tu envisages, le recrutement qui se prépare ou le client qui risque de payer en retard. Un prévisionnel utile croise ces informations.

La question à laquelle ton suivi doit répondre

À quelle date ton solde sera-t-il le plus bas, et combien restera-t-il ce jour-là ?

Pour répondre, il faut partir du bon solde, puis placer chaque encaissement et chaque décaissement à sa date probable. Le prochain module t'aidera à choisir où tenir ces chiffres, avec quel outil et à quelle fréquence.

À toi de jouer

  1. Note le solde disponible aujourd'hui, sans compter ton découvert autorisé.
  2. Ajoute les encaissements et les décaissements déjà connus des prochaines semaines, avec leur date probable.
  3. Repère le solde le plus bas et sa date. C'est ta première marge de sécurité.